Vie à bord

Nous vivons dans le bus depuis maintenant 7 mois. Nous sommes sur les routes depuis 3 mois. On peut dire que l’on s’est acclimaté.

La vie à bord d’un véhicule roulant est une aventure. Car le choix a été de vivre dans une maison d’environ 24m2 pour nous 6. Ensuite cette maison roule et nous entendons utiliser ses roues et quitter le domicile fixe, confortable et rassurant. De plus nous n’allons pas simplement rouler pour aller ailleurs nous allons aller dans plusieurs ailleurs. Le but étant de connaître d’autres horizons et aussi d’autres mode de vie. Dont le notre qui sera une vie nomade.

Nos enfants sont jeunes au départ 1 an, 2 ans, 6 ans, et 9 ans. 3 feront l’école à la maison dès la rentrée prochaine. 1 en maternelle, 1 en Ce1 et le plus grand en Cm2. Ça aussi c’est nouveau, enseigner. Je pense avoir une bonne pédagogie mais entre penser et le faire ce n’est pas pareil.

Nous sommes en route pour une durée déterminée à 2 ans. La suite ce sera selon ce qui adviendra. Mais dans le cas où il y a normalement rescolarisation des enfants nous souhaitons rester proche du programme. Alors là le souhait nous donne du fil à retordre. Car se dit-on : pourquoi pas enseigner selon ce que l’on vit. Eh bien c’est facile à dire mais inventer un cours adapté au 2 niveaux et le dérouler comme ça dans la journée pendant une période où tu es censée être disponible pour toutes éventuelles question. C’est un peu difficile à suivre, il faut l’expérience et un cours ça se prépare. Au bout de 3 mois d’excuses, de bricolages, de remise au lendemain et autres détournements du travail, on en revient à dire : Ok il faut s’y mettre. Alors on plonge dedans. Manuels scolaire pour les 2 et on prépare les cours et on vise la régularité. Avec de la chance je note au crayon à papiers quelques exercices à faire lorsque parents non disponibles et parfois ils sont faits : MIRACLE !!!

Sérieusement c’est compliqué cette histoire car tout le monde doit se motiver. Et les enfants, et les parents. Alors à nous de préparer un cours adapté, intuitif et ludique pour eux. Après tout, l’avantage d’être seuls élèves des parents c’est que nous les connaissons, nous savons ce qui les amusent et surtout il n’y a pas de contraintes (presque). Dans tout ça apprendre devient amusant. Jusqu’à ce que les petits frères s’y mêlent. Et oui ! Au bout d’une heure il faut bien que les petits viennent voir ce qui retient tellement les grands frères. Alors pendant les dernières minutes où l’on ne peut pas quitter le travail comme ça, le travail devient bataille, devient fouillis, devient inutile. Et là on compatis avec les professeurs d’écoles qui doivent faire avec tout les caractère et comportements des 25 élèves. BRAVO ! Ceci étant c’est agréable de se dire que c’est toi qui instruit ton enfant. Car nous choisissons tout même sur quoi s’attarder ou non et aussi que introduire en plus ou pas.

Ensuite la vie commune dans le bus est une bataille pour tout le monde. Dans la famille on a certains qui ont toujours besoin de coller les autres, un qui n’aime pas être seul, un autre qui aime se trouver seul dans son coin, un autre qui aime partager ses expérience un autre qui aime simplement les vivre seul, des petits, des grands, des adultes avec chacun sa tolérance et ses limites. Dans un espace limité.

Alors faire à manger est une grande adaptation façon miniature de la cuisine d’une maison normale. Celui qui, à partir du moment où tu te diriges vers le plan de travail demandera à manger est fidèle au poste. Que ce soit parce que tu mets un verre dans l’évier, que tu fasses la vaisselle ou ranges, ou découpes des légumes. Quant à celui qui surveille la moindre miette, morceau ou autre qui peut être chipé est là aussi, donc nous voilà 3 dans 2m2. Donc il faut apprendre à faire à manger sous les cris indignés de famine et très souvent faire participer la confection du repas quitte à ce que cela prenne 30 minutes au lieu de 10. Ce que je faisais avant mais rarement. « Rapidité et efficacité oblige » étaient des mots très courant dans mon vocabulaire d’avant ce changement.

Comme notre maison est petite nous avons facilement les yeux les uns sur les autres. Rien ne peut être fait en cachette ou presque. Alors à 4 garçons, que représente la figurine de super héros, ou la carte de collection ou même la voiture rouge qu’on avait perdu de vue ? Elle représente un vrai TRÉSOR ! Surtout aux yeux des petits et malheureusement au détriment des grands qui commençaient à se raconter des histoires seuls dans leur coin bien tranquillement. Alors il faut apprendre à partager plus souvent les jeux et l’adapter pour qu’il soit collectif finalement, la tranquilité ne sera pas pour cette heure-là.

A la moindre pagaille les parents s’agacent. Oui parce que l’espace est petit et les enfants ne se rendent jamais compte du bazar que cela fait et peut engendrer si on laisse comme ça. Donc rajoute encore de l’agacement cette attitude d’aveugle. Nous somme obligés de tous mettre la main à la pâte pour que le rangement soit fait alors apprendre à tout le monde comment ranger et c’est fatiguant. Parfois la facilité serait de les mettre dehors pour ranger tranquillement ce mini chaos.

Apprendre à écouter les autres est tout un vrai apprentissage. Dans ce lieu si mini, les boudeurs à leur façon se multiplie. Certains se replient sur eux même d’autres râlent à faire vibrer le bus, d’autres embêtent jusqu’à épuisement. Cet habitat où nous sommes les uns sur les autres peut vite faire passer un seul boudeur à 3 ou 5 c’est assez contagieux. Heureusement tout comme son inverse la joie surtout si l’origine du départ veut que tout le monde en profite. Nous apprenons je pense plus rapidement à faire des concessions, à pardonner plus rapidement, parfois à laisser couler l’eau. Mais aussi pourquoi pas finalement à comprendre. Pourquoi boude t-il ? Si on peut éviter ça la prochaine fois. C’est vraiment juste à cause de la cuillère ? ou alors parce que il avait envie de se promener ce matin, mais les autres traînent au petit déj ? parce que il s’occupe toujours de cette même tâche? parce que il voulait un câlin simplement ? personne ne l’aide à trouver son livre etc… Vivre autrement que le rythme métro boulot dodo, ne nous donne pas entière disponibilité aux enfants. Peut-être d’ailleurs heureusement pour eux. Mais cela est finalement aussi frustrant et même autant de culpabilité que dans la vie d’avant. Car finalement nous avons estimé que vivre ainsi nous livrerais du temps pour eux pour nous. Mais nous restons parents de 4 enfants, et un couple à entretenir, une vie à faire. Ce qu’il faut apprendre là c’est la base d’apprendre à prendre le temps. Je vous l’expliquerais autrement là. Vivre pleinement serait le meilleur apprentissage pour nous.

Partager nos centre d’intérêts. Balades, randonnées, visites, connaître ? Tout ça est différent et amène parfois des colères silencieuses ou non de ce que l’autre attendait ou pas. La communication reste le meilleur moyen de partager les lieux et découvertes en toute égalité ou du moins en toute conscience, mais comme un peu partout, la communication se fait grâce à la disponibilité que se donne l’un à l’autre et même dans notre vie elle n’est pas tout le temps présente. Parfois la route d’un lieu à un autre se fait rapidement. Il suffit qu’un membre n’a pas eu le temps de s’adapter, ou de se faire une idée de ce qu’il pourrait bien y faire que l’autre « impose » déjà quoi faire. L’idée de la randonnée est peut-être bien celle qu’il aurait choisi mais qu’elles étaient les autres possibilités? Pourquoi n’a t-on rien proposé d’autres ? C’est peut-être pas ce que je veux faire. Mais en famille arrivé à un endroit parfois il faut prendre vite la décision sinon le troupeau de diablotins se met en branle et nous n’y pouvons plus rien en faire et bien sûr le créneau de la sieste reste une des grosses contraintes.

A savoir que même dans notre mode de vie où certains pensent que nous avons toute la disponibilité du monde et du temps et ben non nous arrivons aussi à être indisponible et nous aussi on culpabilise parfois de ne pas l’être. Nous sommes parents comme ceux qui veulent toujours bien faire. Ne pas oublier que être parent c’est aussi ne pas être parfait.

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